
À travers l'objectif : ouvrir l'accès aux métiers de l'image
À travers l’objectif est un documentaire de dix minutes réalisé par Raphaël Roca et produit par l’association Sans Que Tu Erres, à Mantes-la-Ville. Disponible gratuitement sur YouTube, le film suit un atelier organisé pendant les quartiers d’été : une semaine où des jeunes de la ville découvrent les métiers de l’audiovisuel et de la musique en créant, de A à Z, un morceau et son clip.
Court, mais visuellement soigné, le documentaire joue avec des lumières bleutées et orangées qui donnent à ces espaces de travail une chaleur inattendue. L’esthétique est simple, précise, jamais décorative : elle accompagne les gestes plus qu’elle ne les illustre. Le film s’attache en effet au moment de l’apprentissage. Les membres de l’association montrent, expliquent, reprennent. Les jeunes filment, testent, recommencent. Le film choisit la proximité plutôt que l’effet : des gros plans sur les visages de jeunes, des regards, des explications face caméra, un exercice qu’on recommence, des zooms sur une main qui montre comment tenir une caméra ou caler un montage son. Rien d’appuyé, juste un suivi attentif du processus.
On les voit passer d’un poste à l’autre, écrire quelques lignes, imaginer un scénario, tenir une caméra, régler un micro, ouvrir un logiciel de montage ou répéter une chorégraphie de danse. Une circulation constante entre les rôles, qui dit quelque chose du moment que traversent tous les adolescents : on leur demande de plus en plus tôt de se positionner, de « savoir ce qu’ils veulent faire plus tard », alors même que les métiers créatifs restent souvent dévalorisés au sein du système scolaire, perçus comme moins légitimes, moins sérieux. Ici, on leur propose exactement l’inverse : tester, explorer, toucher du doigt la diversité des métiers de l’image et du son.
Mais le documentaire raconte aussi autre chose : la force des structures locales qui rendent tout cela possible. Depuis 2018, Sans Que Tu Erres construit des espaces accessibles où la création devient un outil d’expression, pas un luxe réservé aux initiés. Festival Ciné Mantes, ateliers musique, projets vidéo, futur média Cosmos : chaque initiative repose sur la même logique de transmission horizontale et de partage des compétences. À travers l’objectif en offre une forme de synthèse, captée sur le vif.
On comprend aussi que tout ne va pas de soi. À plusieurs moments, le film montre des jeunes qui n’auraient peut-être jamais franchi la porte sans l’impulsion de l’association. Clément, responsable adjoint du pôle audiovisuel, explique qu’au début, presque personne ne venait. L’équipe a dû sortir, aller chercher les participants. Quelques jours plus tard, ces mêmes jeunes se retrouvent absorbés par leurs tâches : concentrés derrière un écran, étonnés de comprendre un logiciel, de réussir un cadre, d’imaginer une scène ou une phrase de texte. Cette bascule n’est pas montrée de manière spectaculaire dans le documentaire: elle est discrète, mais déterminante.
Dans un moment où l’audiovisuel est devenu un langage quotidien (clips, vidéos, réseaux etc.) l’atelier leur permet de reprendre la main sur des outils qu’ils consomment en permanence sans toujours savoir comment ils fonctionnent. Passer de celui qui regarde à celui qui fabrique change la manière de se situer. Et dans un territoire que l’on réduit trop souvent à ses difficultés, voir des jeunes expérimenter, diriger un plan ou poser une voix raconte autre chose : un rapport au monde qui se construit autrement, par la pratique.
Ce que le documentaire donne à voir n’a rien de spectaculaire, et c’est précisément ce qui fait sa force. Il ne cherche pas à montrer des jeunes qui, en une semaine, auraient trouvé leur voie ou vécu une révélation soudaine. À travers l’objectif capte simplement une expérience de partage et de pédagogie, loin des récits utopistes, proche du réel : un lieu où l’on apprend en faisant, où l’on peut essayer sans être jugé, où l’égalité et l’inclusivité passent par l’accès aux outil.
Publié le 29 novembre 2025.