top of page

Le Voyage en Ukraine : quand la culture contre-attaque

 

Le 1er décembre, au Théâtre de la Ville, la scène parisienne s’est faite caisse de résonance. Elle a permis de poser un cadre politique clair : face à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, la culture n’est ni décorative ni secondaire. Elle est un front à part entière. C’est dans cet esprit qu’a été lancée Le Voyage en Ukraine, une saison déployée jusqu’au 31 mars 2026, pensée comme un parcours à travers les formes contemporaines de la création ukrainienne, mais aussi comme une invitation adressée au public français. Regarder et écouter autrement, pour sortir d’une vision figée du conflit.

 

La soirée d’ouverture, en présence d’Olena Zelenska et de l’écrivain Andreï Kourkov, a donné le ton. Sur scène, artistes ukrainiens et figures françaises se sont succédés pour expliquer que derrière le slogan « la culture contre-attaque », il y a moins une posture héroïque qu’un constat clair : la guerre vise aussi les récits, la langue, la mémoire collective. Répondre par la création, c’est maintenir un espace où penser reste possible.

 

Portée conjointement par l’Institut français et l’Institut ukrainien, la saison rassemble une cinquantaine d’événements disséminés sur tout le territoire. Arts visuels, cinéma, musique, littérature, débats d’idées, création numérique, la programmation refuse la hiérarchie des genres comme celle des discours attendus. Il ne s’agit pas de produire une vitrine consensuelle, mais de montrer une culture traversée par la guerre, par l’exil, par la joie, par la colère aussi.

 

À Paris, la saison se déploie dans plusieurs lieux culturels, avec des rencontres littéraires, des projections, des performances et des débats. L’objectif est de donner à voir la diversité des scènes artistiques ukrainiennes actuelles, mais aussi de créer des espaces d’échange entre artistes, intellectuels et publics français. La programmation met en avant des formes contemporaines, souvent marquées par l’expérience de la guerre, sans réduire les œuvres à leur seul contexte politique. Le mercredi 28 janvier, la Cinémathèque française accueille notamment une projection organisée dans le cadre de la rétrospective consacrée à Oleksandr Dovjenko, figure majeure du cinéma ukrainien. La séance, présentée par la chercheuse et critique Alona Penzii, propose de revenir sur un cinéma longtemps marginalisé hors de ses frontières, tout en interrogeant la place des images et des récits nationaux en temps de guerre.

 

À Lille, une partie de la saison est consacrée à Kharkiv, grande ville universitaire et culturelle de l’est de l’Ukraine, régulièrement ciblée par les bombardements russes. Concerts, expositions et discussions permettent de rappeler que Kharkiv reste un centre de production artistique actif. La musique y occupe une place importante, notamment à travers des compositeurs et interprètes ukrainiens peu connus en Europe occidentale, dont les trajectoires ont été interrompues ou marginalisées par l’histoire et par la guerre. Le 3 février 2026, dans le cadre des concerts Sieste de l’Opéra de Lille, les pianistes Ihor Sediuk et Oleh Kopeliuk, originaires de Kharkiv, rendent hommage à la musique ukrainienne. Leur programme traverse les XIXᵉ et XXᵉ siècles, de Mykola Lyssenko, figure fondatrice de la musique nationale ukrainienne, à Myroslav Skoryk, dont certaines œuvres sont devenues des symboles de résistance. Il met également en lumière des compositeurs de Kharkiv moins connus du public français. La réflexion se prolongera également sur le terrain politique et social, avec une rencontre organisée le 7 février dans le cadre de Citéphilo. Le politologue ukrainien Ivan Homza et la sociologue Anna Colin Lebedev y analyseront la dynamique de la société civile ukrainienne en temps de guerre, les formes d’engagement citoyen et les transformations politiques à l’œuvre.

 

À Marseille, du 28 janvier au 1er février 2026, la Friche la Belle de Mai accueille un temps fort de la saison. Pendant plusieurs jours, artistes et responsables de lieux culturels ukrainiens rencontrent des professionnels français et européens. Expositions, projections, rencontres publiques et rendez-vous autour de la cuisine composent un programme qui mêle création contemporaine et échanges professionnels. Une partie de ces événements fait écho aux liens entre Marseille et Odessa, autour des questions de circulation, de mémoire et de reconstruction. Le public pourra notamment découvrir des institutions emblématiques de la scène artistique ukrainienne, comme l’Arsenal des arts à Kyiv, le Centre Yermilov de Kharkiv ou le Jam Factory Art Centre de Lviv. En parallèle, un cycle consacré à la cuisine ukrainienne propose dîners à plusieurs mains, ateliers culinaires et rencontres, ainsi qu’une exposition photographique sur les marchés d’Odessa, la projection du documentaire BаГа неба – Le Poids du ciel et un DJ set de clôture.

 

D’autres événements ont lieu partout en France, dans des formats variés, du cinéma à la création numérique, en passant par le débat d’idées. L’ensemble de la programmation est accessible en ligne et permet de mesurer l’ampleur du projet : https://fr.ui.org.ua/lveu-programme-copy/lveu-programme/

 

Avec Le Voyage en Ukraine, la culture est envisagée comme un espace de continuité dans un contexte de rupture. Elle permet de maintenir des échanges, de rendre visibles des voix et des œuvres menacées par la guerre, et de rappeler que le conflit ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire. Cette saison ne cherche ni à résumer l’Ukraine ni à en donner une image figée. Elle propose des points d’entrée multiples, laissant au public le soin de construire son propre regard.

Publié le 29 janvier 2026

.

bottom of page